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Et ils les vurent ouvertes, les chairs étranges de la terre.
Ils virent le magma pétrifié et refroidi par la pluie ; les trajectoires arrêtées des plaques, les boursouflures épaisses. De la tectonique. Les variations chaotiques de densités quand ils se penchèrent d'un peu plus près.
Ils virent dans la plaie du col l'eau ruisselante d'une pierre lavée ou les os blanchis des hommes. Ils virent ces même hommes, certains ont disparus ; ils en virent l'oeuvre et l'orgueil : le béton coulé dans les fractures, les fondations d'architectures plus récentes et primitives, les couleurs dissonantes des conduites et des alimentations. Ils virent tout cela. L'averse s'intensifiait.
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À force d'arpenter ces chemins de mauvais asphalte, rugueux, rustiques, à remonter la pente irrégulière de l'unique voie praticable, on se débarasse des habits humains, de la ville, oui, des maisons et des marcheurs, le bruit de cailloux sous les pas et les même pas à frapper régulièrement le sol, le cliquetis des sangles sur le chemin des granges ; on perd aussi les signes de terrassement, les bords du chemin deviennent un peu plus flous, de la terre et bientôt des herbes, bientôt marcher en plein champ ou une prairie, les herbes hautes, encore peut-être une ruine comme une souvenir, puis un effort, la fatigue est saine : atteindre le sommet.
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Dernières traces de la main de l'homme, ici la frontière et la civilisation dissolue aux contreforts qui nous font face ; les nuages échoués, cette chaleur rassurante qui n'appartient déjà plus qu'à nos souvenirs, l'été enfuit. Les graviers crissent encore sous nos pas, dans notre tête, les couleurs douces et nous sur cette route enroulée autour d'une autre montagne, loin.
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Les marcheurs gardent la main en visière. Des bouteilles d'eau sont ouvertes, des respirations se font profondes. Des fronts brillants de sueur.
L'été tombe des hauteurs, écume les façades et les surfaces réfléchissantes, vient blanchir le détail le plus banal ; des écritures maladroites pendant quelques heures devenues éblouissantes et les rues vues au travers, nimbées.
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Dans certains souvenirs, les hauteurs que nous allons gravir se montrent rares en accès.
Tortueux, abruptes, étroits, parfois à peine praticables : ils tracent des chemins d'homme où fleurissent les bâtissent ; des maisons maigres pour leur part, aux murs anciens, elles se tassent les unes aux autres pour concentrer la chaleur et le tisus social. En été, écrasées de soleil, leurs murs clairs renvoient autant de lumière que l'azur, leurs ardoises chaudes.
Et perdu sur ces mêmes hauteurs, un minuscule clocher qui semble garder le silence depuis des siècles.
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Le paysage : la nature aux temps modernes, ces toiles tendues de câbles blindés entre les pilônes, barreaux rêvés organiques, on nous présente le ciel barré en secteurs. Puissante, son pistil offert au jour, la fleur tutoie le cuivre depuis le sol.
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C'est un éclairage subtilement tamisé, des motifs, des nervures gravant des formes abstraites dans le midi ; les photons semblent ralentis au point de décanter jusqu'au sol, plus épais, à moitié liquides ; certains deviennent pure chaleur, une chaleur douce.
Des granges silencieuses en plein jour, la lumière se découvre d'autres découpent, plus angulaires celles-ci, dures et franches, zones de repos pour promeneur. Parfois, le bruit du gravier pressé sous le pas, sentiers de graviers développés en courbes et lacets à la conquête patiente des cîmes.
Et de ce paysage sans horizon, nous sommes trop bas : ces vues, elles ne sont pas ombrageuses, pas seulement. Le regard attentif à saisir des vitraux gorgés de sève et les cîmes fluorescentes aux feuilles très serrées.
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C'est une pause, un moment suspendu ; très haut-dessus du niveau de la mer, des vallées bleues, des nuages échoués dans les cheveux. Les arbres couverts d'or et le temps aboli.
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Le crépuscule écrase les collines : l'avancée du front nocturne sur le jour en débâcle ; le spectre déchiqueté et sa chair chromatique ouverte, étalée sous nos regards.
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