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La rue des prairies stoppait net devant la construction compacte en plein vingtième arrondissement.
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Lorsqu’enfin nous lui laissâmes l’initiative, la ville se défendit du mieux possible. Levant barricades et travaux, barrières DDE, tranchées aux trottoirs et, au-delà encore, la brique tassée par la géologie fine, rouge écorché, barrière métallique et fenêtres étrécies. La ville protégeait les jardins, l’oxygène et tout végétal, nous préférant dehors et sans abri, offert à l’aride bouleversement climatique.
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Les journaux s’abritent à l’ombre, perchés aux présentoirs ou plutôt : terrés dans les alcôves commerciales, de vieilles boutiques tenues par des mains du même age dans un semblant de fraîcheur.
Il est près de midi et les rues accusent une désertion générale, achalandage nul.
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Tu as approché la vibrante enseigne d’Alipolis, ses linéales début-de-siècle, ses murs invincibles en avancée sur l’insousiance balnéaire. Tu as levé les yeux et tu l’as vu, typo rouge, ténèbres aux contours, la puissance aussi.
Je les ai vu, dis-tu, non loin d’ici, enjamber la distance du hall au taxi, tous ses clients déconnectés du monde : des personnages cliniques et stériles ; la rue sentait la poudre mais l’air te parraissait dégraissé. Humidité zéro malgré la mer. L’Alipolis domine la découpe cylindrée des prétentions balnéaire, l’eau et le fond atmosphérique hollywoodien ton sur ton. L’hotel ;contient ;son propre domaine, ses propres règles physiques. Tu bois beaucoup et t’essuies le front, minuscule au pied du monstre blanc. L’été rêve de plages vitrifiées à plusieurs millions de degrés.
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Tableau neutralisé, un extérieur jour en illustration urbaine de la luxuriance. Gambetta n’est pas très loin, mais nous l’avons oublié. Ce tableau : aérien car dépouillé de réelle perspective, d’ancrage ou d’échelle.
Nous sommes en 1920. Nous sommes en 2150.
Cette rue croise certainement au large des jardins suspendus, des zeppelins rêvés, elle est transatlantique ; libère le pollen en toute saison dans sa traine : des points clairs que saisissent aux bastingages des aéronefs les gants blancs de jeunes dames en toilettes.
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Les pierres comme les peaux à leur point de fusion.
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26/10/2011
par Daylon
Ni les créatures du tertiaire, ni les adolescents blasés : ils ne s’offusquent des représentations lowpoly des rues ; les fabrications très angulaires, peu texturées, faussement rétro, ne les surprennent guère. Personne ne semble se soucier de la simplicité, de la palette serrée des couleurs. La skybox compressée.
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Les rues de quartiers orientaux que l’on indique au bas des cartes ; près du port et triangulées par les avenues modernes, poncées de ces semelles polymères lentes que l’on prête aux touristes, non loin d’ici, tout autour, voici ces murs : jaunis, sahariens comme telluriques ; le métal des grilles qui n’ont jamais su choisir entre les courants d’avant-guerre fusionnent bientôt avec la pierre. Les inscriptions s’érodent. Les moisissures cyanosent le pied des immeubles.
L’inertie freine toute chose. Il n’est pas dix heures. Amon brûle la pierre, les poussières, certainement du sable.
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Puis un jour, la ville se replia autour de points arbitraires, sur Tolbiac ou Javel, le nom des rues encore visibles mais inutiles.
Le jour usé dégorgea sur les façades, les perspectives furent renversées malgré notre insistance pour y voir des immeubles, des rouets, la rue Nationale. L’univers insista pour nous présenter les principes simples de l’origami, l’abstraction patiente, la neutralité totale de la nature ; nous ne comprenions pas.
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Ils virent, par les trouées des écoulements modernistes, la ville, ses environs et ses immeubles comme de brique ; les teintes insolées, la rouille ou l’ocre et ainsi, une avancée de vide sur le quartier.
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