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Peu d’entre eux remarquent, au-dessus de leur tête, l’alimentation de la grande machine.
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Portique A2, trains régionaux, fausses grandes lignes ; transiliens démarrant leur voyage mécanique sous les potences, les voitures s’interpellent d’une ligne à l’autre. Les chemins de fer relaient les distorsions métalliques des chants, les plaintes des créatures en livrée bleue devant les hangars bleus, les teintes concassées de la brique, le gravier entre les voies.
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28/09/2011
par Daylon
Encore qu'ils soient trop petits pour être vus, ils sont aussi anonymes, les individus filent trop vite pour être reconnaissables ; ils s'effilent dans une longue chaine organique, liquide sur le lit des rails.
Derrière le translucide du hangar surplombant, le plexiglas au balcon royal habillé de bleu : d'autres êtres. Nous le supposons. Eux-mêmes flous dans la longue exposition.
Et le sol et le décor : forcément plus net, protéens, solides et précis ; les infrastructures obéissantes, elles remplissent jusqu'à leur contrat esthétique : structurer le tableau, guider la composition, oser choisir deux teintes dans le spectre et encadrer la vie pendulaire.
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Ils s'ignorent quand il traversent le hall, ils marchent d'un pas pressé ou cherchent leur chemin : réduire les collisions de silhouettes à leur strict minimum est un objectif commun, groupe de voyageurs tractés ou anonymes tractant les bagages.
Du café, se protéger des mouvements et des micro paniques contrôlées uniquement en surface ; collé contre la vitre, soft drink à portée de main.
Observer aussi deux personnes inconues l'une à l'autre croiser leurs regards et prétendre une seconde sans échanger un mot qu'ils se connaissent depuis toujours.
Nous la devinons sourire, mais ce sourire arrive trop tard ; lui, il a cherché à ne rien montrer et le regrette déjà. Puis, d'autres passagers, d'autres masses, encore. Ombres bleues et contrejour des voyageurs en transit ainsi que d'autres, comme nous et en retrait, en attente.
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On lui donne des airs d'exils, de fausses promesses de félicité. Déjà de la quiétude, oui, certainement. La lumière sur Lutecia porte la ville à son point de fusion, le fond de l'air reste bleu.
Dans la gare : les escalators, les cliquetis métalliques, les plexiglas et les reflets.
Les annonces ricochent entre les poutres art nouveau et retombent distordues sur les voyageurs, bientôt des vagues compactes dans le midi.
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Nous sommes dans un moment pétrifié : nul train à traverser la gare, tous les bus à l'arrêt.
Les derniers voyageurs débarqués errent encore un moment dans le hall et ils sont comme perdus, encore sonnés par le voyage, les pas résonnent dans le bâtiment couleur seventies par manque d'affluence.
Des buissons desséchés, des angles morts de la chaussée, le macadam, monte la chanson craquante des insectes. Opera drone en limite de provinces, les territoires éloignés au pied des montagnes. Staccato autour des corps prenant la fuite vers les paysages désurbanisés.
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La chaleur et les voyageurs pressés. Et ces faux airs baroques, les câbles, les lignes ; les couleurs qu'on n'attendait plus. Les grilles découpent des territoires plus petits aux nuances discrètes. L'orange et le jaune, la brique ; les hauteurs céruléennes reflétées dans le béton autrefois neutre. Une ville comme étrangère.
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Le journal du matin dans un café hors de prix, première escale avant même le début du voyage et l'attente. Il se cale sur sa chaise dans un semblant de confort. Quant à elle : elle regarde, la piste éblouissante des escaliers de secours, les portes ouvertes sur un extérieur qu'ils préfèrent quitter.
À quelques mètres, ils s'ignorent, les voyageurs demeurent dans un espace chronométrique, une zone bien délimitée derrière le verre de la terasse ; on y aperçoit les quais en tranchées, les bagages si lourds tractés en urgence, les tableaux d'affichages, les murs diodes orangées.
Nouvelles du monde en page des sports, ce sont des minutes dilatées qui coulent au fond des tasses, le temps exotique, les viennoiseries craquantes avant le départ du train.
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Prêts à fuir, en silence ; le souffle court et la nuque contre l'appui-tête. On évite de coller les vitres froides. L'attente est longue.
Les rames glissent en sifflant, elles interpellent les spectateurs absents, suivent le sillage figés des rails.
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