###
_ 09/08/2009
_ par Daylon

Amants - Allégorie 1/2

Quant à nous, observateurs, derniers hommes, nous : peu importe si nous foulons le passé ou le futur.
Les villes s’étirent encore sur les côtes irradiées, s’entourent de mer aux eaux blanches, autrefois bleues et aujourd’hui troubles des cendres et du plâtre. Les rivages souillés des peaux composites. Plus loin sur les lignes balnéaires : les tours creuses, les tours décapitées, éventrées par les bombes. Ces villes, nous pouvons les reconnaître, en lire le filigrane des plans d’urbanisme.
Nous reconnaissons les grands axes routiers malgré ces déguisements brouillons, ces maquillages de fissures et de cicatrices ; les matériaux fondus par les étoiles tombées du ciel, épanouies au nez du dernier étage des missiles à longue portée. Les jardins d’enfants déserts, les jeux tordus par le souffle et la chaleur. Des milliers d’étoiles.

Observateurs impatients, oui, nous arrivons pourtant trop tard : nous ne suivrons que le dernier acte, l’épilogue des récits épiques, l’épilogue comme épitaphe des nations déchirées. Nous aurions tant voulu savoir sans même prendre le temps de contempler le tableau, tout savoir sans le moindre effort. Nous ouvrons grand la bouche, comme cet homme, comme cette femme. Nous attendons immobiles que la semence jaillisse malgré notre fainéantise.
N’avons-nous pas honte ?

De cette histoire, il nous faudra combler les espaces vides, imaginer ce qui s’agite au creux des bassins du non-dit, marécages. Développer le sens des contacts et des caresses entre ces deux personnes, les survivants, amants et ennemis ; écarter les blessures, palper les muqueuses, jauger la marque des morsures, puis lire les mots écrits dans la langue des ecchymoses et des soupirs ; n’oublions pas les soupirs. Dans l’aise et la douleur.

Nous ne racontons leur histoire que par le truchement de la causalité. Nous n’avons pas le droit de citer, nous ne devrions pas même être ici. Nous violons ; ne nous masquons pas de notre innocence. Nous tous.
Et qui que vous soyez, camarades et partenaires du crime, sachez que dans ce monde et aux yeux de ce couple porté à l’apex de l’évolution ; à leurs yeux, nous sommes tous morts.

L'ensemble des éléments de ce projet sont disponibles à l'adresse suivante : moonmotel.fr/f10

_ + Lien permanent

Ajouter un commentaire :

Le code HTML est affiché comme du texte et les adresses web sont automatiquement transformées.

_
Contactez les humains derrière le Moonmotel