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samedi 2 mai

Encre

Par

Daylon

, in

Illustration

Classé en : couvertures postmortem.

Après de longues semaines de travail partagée entre les retouches studieuses et le danger de trop en faire, le montage photographique et la peinture numérique, voici ce qui sera certainement le visuel définitif pour le roman Encre de Hal Duncan, suite directe de Vélum, le pavé coup-de-poing sorti en septembre dernier.
Notez qu'à l'heure où j'écris ces lignes, l'illustration n'a pas encore obtenu l'aval de Denoël.
À prendre avec des pincettes, donc.

Encre, de Hal Duncan (Denoël, lunes d'encre)

Encre, le livre de toutes les heures 2/2.

Soyons clairs : ceux qui n'ont pas aimé la couverture de Vélum aimeront encore moins celle de Encre. Si vous n'avez pas accroché à la première illustration, je ne m'attends pas à ce que vous changiez d'avis sur la présente. Il n'était non seulement pas question de s'assagir dans l'approche esthétique mais au contraire d'aller plus loin et creuser un peu plus l'impact visuel du roman. Encre devait détonner sur Vélum. L'hiver et le printemps décrits dans Encre s'imprimer avec plus de force encore que les été/automne du premier volume. Il était nécessaire de pousser plus loin les codes picturaux utilisés auparavant, à savoir : le fond de couleur, une figure en noir et blanc, un montage lorgnant plus sur la composition photographique que vers la peinture numérique et un tableau final épousant au plus près les thématiques du livre.
[...]

Faire une suite d'illustrations qui soit en mesure de tenir au sein d'un même corpus visuel, tout en affirmant leur indépendance les unes vis à vis des autres n'est pas une chose aussi aisée qu'il paraît.
Ne pas en être à un coup d'essai était une chance : la Bibliothèque Rouge (de sa création jusqu'en novembre 2008) aux Moutons Électriques était un apprentissage grand luxe. La clé est la suivante : isoler les grands axes de l'image, la manière dont elle se forme, par quels moyens, avec quels outils et de quelle manière.

Autre point positif : là où il m'avait fallu travailler seul sur Vélum, j'ai pu discuter très en amont de Encre avec l'auteur, Hal Duncan. Soyons clair : là où se baser uniquement sur le manuscrit amène le danger de sur/mal interpréter le texte (et généralement de travers), discuter avec l'auteur permet de saisir de manière plus fine les thématiques et le sens du livre. La règle fonctionne dans cent pour cent des cas.

Ce qu'il est ressorti de ces échanges avec Hal Duncan et Gilles Dumay (rappellons-le : l'éditeur français du diptyque) fut le choix de représenter le personnage Jack Flash / Narcisse / Arlequin (quand Vélum prenait pour figure Dionysos), cet autre unkin/amortel en rébellion contre la domination des archanges. Il fut aussi établi que, comme sur les versions anglo-saxonnes, nous opérerions un rappel des saisons sur le fond de couleur de la couverture. Là où le rouge dominait sur Vélum, le bleu serait maître sur Encre. Jack Flash serait représenté sous les traits d'un Arlequin des plus classiques basé sur la commedia dell'arte. Une pose agile, dynamique. Un costume d'encre faisant écho aux tatouages sur le personnage du premier tome. Seul serait abandonné l'instrument de musique, d'habitude arboré.
Parallèlement, le lien serait établi entre Arlequin et Shiva (autre incarnation du personnage dans Encre). Les poses similaires entre les deux identités offraient un parfait liant, où une roue des feuilles d'automne (rapport à l'Evenfall décrit dans Vélum) deviendrait la roue de feu de Shiva, son prabhaa. En revanche, je voulais troquer l'homoérotisme du premier tome par une figure beaucoup plus ambiguë pour le public : représenter le personnage masculin de Jack dans une double séduction de Pierrot/Joey et Anastasia/Phreedom par un être totalement androgyne. Rien de tel donc que de photographier un modèle féminin et de procéder ensuite à sa masculinisation. Les retouches supplémentaires concernaient surtout le placement des membres et le renforcement de la dynamique de la pose.

Arlequin, montage

Seule entorse, image de la reconfiguration de la réalité et de la rébellion du personnage, la chevelure de sang/feu. Jack est un personnage clé de l'histoire, un déclencheur, le catalyseur des énergies développées. Son sourire est corrupteur. Dans Encre, le directeur de la troupe de théâtre pour lequel travaille Arlequin n'est autre que Satan. Un Satan prenant le parti des hommes, de la remise en cause et du bouleversement de l'ordre. De la séduction et de la corruption (bis).

Arlequin, un portrait

Autre élément clé, le fond. Là où Vélum reposait sur un montage de roches volcaniques (dont les chromies étaient librement calibrées). Encre se devait de plus se rapprocher du collage, des roches déchirées cherchant à se réassembler, de la manière que les îlots de réalité s'agrègent et se séparent dans ce second tome. Le fond est l'image de la réalité telle que décrite par Duncan. Ici, des fragments dont la direction tend à tirer vers le haut en lignes parallèles. Une fois le montage obtenu (soit un fichier source de 2 gigaoctets uniquement pour le fond), un passage sous les encres colorées et la peinture numérique terminait la représentation du Vélum.

Encre, le fond (détail)

Enfin, une fois l'image composée, ne manquaient que les retouches nécessaires à la construction du prabhaa. Assembler et peindre la roue de feu (7 feuilles copiées jusqu'à la former) ; signifier la radiosité, les bitmites corrompues et la chaleur par l'émission de l'encre dans toutes les directions, tout en accentuant la diagonale suggérée par les roches via un pic sur le bord haut-droit.

Voici à nouveau le visuel final, avec le rabat :

Encre, couverture avec rabat

Avec toutes les précautions que cela requiert, le public de Vélum n'est pas le grand public. Je l'ai dis à plusieurs reprises sur les forums, ici et là, mais les amateurs du diptyque d'Hal Duncan sont des lecteurs qui ne demandent pas à être pris par la main. Au contraire, ils cherchent à être surpris, cherchent une lecture contemporaine, ambitieuse. À ceux là (et une recherche sur Google vous le confirmera sans problème), Vélum/Encre devrait offrir une lecture stimulante et une porte inattendue sur des classiques littéraires. Je ne travaille pas sur les livres auxquels je ne trouve aucun intérêt, mais j'avoue une préférence toute particulière pour le projet Vélum/Encre.

En espérant que le roman rencontre le succès qu'il mérite.

Commentaires :

1. Le samedi 2 mai (18:23) par nab

Enfin ! Je l'attendais celui-là :)

Dingue cette couv' !

2. Le dimanche 3 mai (19:34) par Erispoe

Ta couverture est superbe. Vraiment. Je ne m'attendais pas à ça. Je suis bluffé.

Gilles Dumay a indiqué que "Velum" a été retenu dans la sélection estivale de la fnac. Espérons que ça aidera le roman à trouver ses lecteurs.

(Je reste néanmoins persuadé que l'éditeur de Duncan aurait du procéder à des coupes dans le premier roman mais c'est un autre problème...)

3. Le dimanche 3 mai (23:30) par Bruno

La couverture est vraiment très belle.
Tu m'avais montré vaguement l'idée, mais je n'avais pas imaginé que cela rendrait aussi bien.
Bravo!

4. Le lundi 4 mai (13:42) par Jérôme

Je la trouve aussi superbe. Pourtant, l'inconographie du arlequin ne m'attire pas en général, mais là, il y a quelque chose. Et j'aime beaucoup tes explications, ça donne du sens à ce qu'on voit. Faudrait peut-être que je lise Vélum, un jour... :)

5. Le lundi 4 mai (18:34) par Ubik

Bof !
Je comprends la démarche mais je n'accroche pas.

6. Le mardi 5 mai (10:55) par Naroungas

Bizarrement, j'ai adoré le visuel de Velum, celui-là moins. J'accroche toujours à la patte graphique (les couleurs sont superbes, ton fond est à se cogner le cul) mais ce qui me gène, c'est l'exubérance que tu as mis en avant, même si c'est le point d'orgue du roman et après lecture de tes explications, j'ai du mal à adhérer.

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