... Puisqu'il est maintenant officiel que l'illustration (sous une forme légèrement modifiée) postée il y a quelques temps fera la couverture du prochain Catherine Dufour, en Denoël Lunes D'Encre, je vous propose un petit postmortem du projet.
Et comme l'intérêt de vous détailler la créa actuelle est plutôt limité, concentrons-nous plutôt sur une version alternative de la couverture.
Sur le Moonmotel, nous vous donnons rarement ce genre de regard ; et puisque vous montrer les chutes et les work in progress de nos différents travaux font partie de l'objectif de ce site, autant vous fournir ce petit (mais copieux) confort supplémentaire.
La note d'introduction : plutôt que réaliser une illustration classique dans la forme (première de couv' sur maquettage brandé) et dans le fond (illustration "figurative" de ce que nous pourrions considérer comme l'essence du livre), essayer de se formuler un packaging complet autour du projet.
Essayer de sortir le projet du créneau sf pour le secteur plus large de littérature contemporaine (française). Oser s'émanciper de la ligne propre à la collection pour exister de son propre chef. Pour mots clés : le punk, la jeunesse, la chair, la décadence, l'art, le DIY de manière générale.
L'outrage et la rébellion, forcément.
Voici l'illustration complète :
(première de couv' + dos + quatrième)
La base :
Il était tout d'abord question de neutralité. Échapper à toute figure explicite.
Un fond clair, nuancé par des traits grossiers de peinture (comme nous le verrons un peu plus bas pour le cas de la typo, ce genre d'angle participe à l'idée du fameux do it yourself).
Ce fond sert ensuite de base pour développer une illustration la plus légère possible. Plus de détails aurait étouffé l'image.
Les coups de peinture sont des traits de gouache sur papier, numérisés et retraités. Tout comme le dripping utilisé autour de la typo et, oui, aussi sur l'autre version de la couverture, où vous noterez que les techniques et éléments sont relativement similaires.
Les fibres organiques :
Ci-dessus, un détail de la "chair". Dessin vectoriel.
Cette partie a été entièrement réalisée à partir de géométrie. Des lignes étoffées et nuancées (où s'ajoutent parfois des éléments contrasté/complémentaires) symbolisant l'explosion de la chair, la dissection (!). Les courbes font sens une fois mise en vis à vis avec les notions d'organique et de relâche.
L'utilisation du bleu et du vert casse l'uniformité et distinguent l'hétéroclite de la matière vivante.
Elles débutent à la jonction du dos et de la première de couverture pour conquérir le coin haut-droit.
Pour ceux qui se poseraient la question : l'idée est bien que ce symbolisme n'apparaisse qu'à la lecture du livre (où la notion de seconde lecture est elle aussi importante).
S'échapper d'une maquette établie et réaliser une illustration abstraite invite à utiliser au maximum l'espace pour la typographie.
La demande était claire : le livre doit se distinguer en rayon.
Cela tombe bien, nous n'avions pas encore intégré l'idée de punk dans cette réalisation.
L'imagerie punk est surtout marquée par les affiches dessinées au feutre et les pochettes montées par collages.
Well... Je crois que l'image parle d'elle-même.
Toutes les parties collage (le nom de l'auteur, la typo "Denoël" ainsi qu'un extrait de la biographie détaillé plus bas) ont été montées à partir de chutes de prospectus publicitaires.
Afin de pousser l'idée de "punkisation" jusqu'au bout, le logo même de l'éditeur fut soumis au même traitement, à la différence près que le cercle de la collection "Lunes D'encre" fut gardé dans son état d'origine (en vectoriel, contre une utilisation ponctuelle de bitmap sur le lettrage).
En poussant plus loin cette idée, je me suis permis de proposer un rendu d'une emphase de la biographie.
Au passage et pour éviter que vous vous fatiguiez les yeux, il y a bel et bien une coquille dans ce passage.
Enfin, nous avons couvert le collage, voici le feutre.
Il s'agit d'un dessin très inspiré par l'Helvetica (typo utilisée largement depuis les années 70 qui semble connaitre un "nouvel" essor depuis les début des années 2000), à moitié inspiré, à moitié singé, détouré et encadré au feutre.
L'utilisation d'un cadre noir où la typo apparaît en blanc donne plus de poids (autant qu'une graisse, avec un chouya d'élégance en plus) au titre et permet de contraster violemment avec le fond de l'illustration... Toujours dans une optique de distinction/mémorisation du produit en rayon.
... Pour rappel, voici l'illustration retenue pour la sortie d'Outrage & Rébellion :
Sortie prévue : mars 2009.
D'ici, vous pouvez lire :
« Le cycliste par temps d'hiver » (contenu plus récent)...
« La frontière » (contenu plus ancien).
... Ou, bien sûr, vous pouvez rejoindre la page d'accueil du site.
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Vous y trouverez illustrations, photographies, fictions et roughs en tout genre.
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Commentaires :
Dommage qu'ils aient finalement gardé l'autre, qui est bien, mais nettement moins "impactante"
Sinon, pourquoi tu parles de toi avec le "nous" dans ton article, t'es schizo ? :D
Parce que, par exemple, je n'étais pas tout seul à travailler dessus... ?
Je pense, à tout hasard, au directeur de collection et au maquettiste.
Bon alors moi je vais peut-être en fâcher, mais je préfère l'illustration présentée ici à celle retenue. Plus sobre, plus intrigante, plus... punk, même si je ne suis pas sûr de bien utiliser ce mot.
Cela dit la couv' retenue me plaît aussi (moins que tes précédentes, cela dit). Si j'ai un peu de mal à la cerner (j'aurais vu le visage moins lisse, un peu plus marqué, voire ravagé), elle a l'avantage de surprendre et d'accrocher l'oeil. Je suis sincèrement ravi de voir l'esthétique des bouquins de SF évoluer vers quelque chose de plus... de moins... SF, quoi :) Quitte à faire enrager les puristes du genre (enfin, d'une certaine conception du genre). Bref, bravo.
Dommage.
Intéressant, tous ces développements. Et j'ai mis trois plombes à trouver la coquille.
Ah tiens, j'avais pas vu celle-là. Effectivement, en comparaison de ton boulot non-retenu, la couverture officiel paraît un peu fade, maintenant. Damned. Surtout que pour le coup, on aurait eu une couverture abstrait façon Maria Hinze dans le paysage français. Bref, elle est très chouette.