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_ 12/09/2007
_ in Reviews
_ par Daylon

Transmetropolitan

Transmetropolitan

On ne présente plus Warren Ellis !

… Okay. Fallait que je vous la fasse, celle là.
Il n’empêche que j’ai du m’y reprendre à deux fois, avant de me décider à acheter Transmetropolitan. Cher (27 euros dans votre face), cellophané (exit le feuilletage) et dans un style de comic relativement classique, ma première prise en main se conclut par un sourire distrait et mon départ, les mains vides. Daylon – 1, consumérisme – 0.

Puis je me suis rendu compte qu’on en disait franchement beaucoup de bien ; le précédent lien étant plutôt de confiance, je suis retourné au front et cédé à la tentation.
Et dire que j’ai failli louper ça.

Contexte :
Dessiné Darick Robertson (j’avoue : inconnu au bataillon, en ce qui me concerne) et Warren Ellis (j’avoue : jamais lu, jusqu’ici), Transmetropolitan n’est pas un titre récent. 10 ans au compteur et déjà 5 que la série fut achevée. Ouch. Publié à l’origine en 60 épisodes chez DC/Vertigo, cette première traduction française (on aura mit le temps, c’est chouette) dont on essaierai d’oublier le titre anecdotique, réunis les deux premiers volumes originaux, soit une compilation des 12 premiers épisodes (ce qui laisse présager 5-6 tomes différents, si Panini continue sur sa lancée).

Voilà pour les termes techniques.

Bon dieu. Je suis devenu la télé.

Dans la mesure où l’on parle de bande dessinée, je vais évoquer rapidement le dessin : je ne suis pas fan. À vrai dire, si j’apprécie le comics, c’est généralement lorsqu’il sort des sentiers (graphiques) battus (exemple : Secret Identity, Hellspawn, The Coffin, les trucs mcKeanesques… vous voyez le genre). Ici, si le dessin (l’encrage, en particulier) est plutôt chouette, la mise en couleur est carrément ordinaire. On fera avec.

Derrière tout ça, l’homme aux marionettes, il y a Warren Ellis.
Que je ne connaissais pas. Très bien. Maintenant, je m’en mords les doigts.

Transmetropolitan, écrit entre 1997 et 2002, décrit le métier pas-facile-tous-les-jours du journaliste Spider Jérusalem ; idéaliste misanthrope, punk camé jusqu’à la racine des cheveux, mercenaire lettré et acteur définitivement gonzo de la scène médiatique, Spider Jerusalem est l’avatar pseudo-futuriste d’un Hunter S. Thompson.
Tout autour : la ville. Vaste métropole foutraque, vaguement cyberpunk (mais on se dira surtout que c’était pour donner un ton au papier-peint) ; grand et violent cirque du tout et du n’importe quoi de notre monde exagéré au dernier degré. Miroir déformant qui semble s’ingénier à appuyer là où ça fait mal.
On applaudit des deux mains, car par ce biais idéal (la relation de fusion et répulsion entre Jerusalem et la Ville), Warren Ellis se permet de relever tout ce qui peut le déranger dans notre société, là, aujourd’hui, maintenant, en bas de chez vous ou à l’autre bout de la planète ; de le concentrer et de le critiquer par ces techniques d’écriture tenant à la fois de la narration de comics, de journalisme gonzo (plusieurs passages où la voix off reflète l’article de Jerusalem ; descriptif et autofictif) et de plein de petites choses qui rendent l’histoire intéressante.
Il suffit de voir tout le decorum déployé : machine-à-créer (pensez à Diamond Age, de Stephenson, avec cet élétroménager du futur capable de tout créer à partir de rien) sous psychotropes, chat de gouttière bicéphale fumant comme un pompier, sectes du tout et n'importe quoi, demi-mutants et nuages (roses) intelligents, bombardements publicitaires et ressucités délaissés aux marges de la société...
Mieux : au-delà de la trame principale, des délires générés par chaque épisode, ce sont les dialogues incroyablement savoureux qui font tout le charme de Transmetropolitan.

Spider Jerusalem - gonzo journalist

Spider Jerusalem est mal poli, bourrin, obscène, vulgaire. Spider Jerusalem est profondément pur. Spider Jerusalem est brillant.
Warren Ellis, porté par le dessin (qui ne passe pas si mal, finalement) de son comparse Robertson, projette ici sa vindicte, son cynisme et son humour. Une véritable réussite, justifiant à elle seule toute la hype pouvant entourer l'auteur. Je ne saurai vous le confirmer, mais il paraît que Transmetropolitan est son masterpiece. Je serai terrifié à l'idée qu'il fasse encore mieux.

Lisez Transmetropolitan.

Putain. Je peux même plus chier tranquille ?

Oui. Lisez le.

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