Ils m'ont mis une nouvelle bouche
Titre : Ils m'ont mis une nouvelle bouche
Auteur : Jean-Marc AGRATI
Éditeur : Les éditions Hermaphrodite
Année : Décembre 2006/Février-Mars 2007
Monsieur AGRATI, nous, on l'aime bien. Je dis
nous, c'est
assez spécifique ; mais on ne perd pas espoir de recruter un jour à grande échelle. Genre : des usines où on fabriquerait des AGRATI en époxy, échelle 1/12è ; des boutiques avec des Zol et des Spock en vitrine ; des licences AGRATI sur des paquets de céréales et des maillots deux-pièces ; des bières ; un lion trashé, la Metro Goldwyn réincarnée dans la peau du Jean-Marc.
Bref.
La conquête du monde, de l'espace, sa banlieue et assimilés. Ce serait déjà pas mal. Un bon début.
« Tu vas me fournir un décor ?
- Mieux que ça… Tous les décors du monde ! »
Okay, c'est bien gentil, mais en attendant, sieur AGRATI écrit. Toujours des nouvelles.
Pour son nouveau recueil déjà plus-ou-moins sorti en plus-ou-moins avant-première galactique, « Ils m'ont mis une nouvelle bouche », AGRATI revient chez les Éditions Hermaphrodite [qu'on aime bien aussi] [si je me fais un pic de motivation d'ici les prochaines glaciations, je vous parlerai du bien intentionné mais relativement médiocre Pancake ; qui mérite qu'on en parle quand même].
« T'as des avertisseurs jusque dans tes chiottes ! »
Premier avantage de la lecture : avec AGRATI, on se sent comme à la maison. On connaît les pièces, les meubles, l'odeur ; vous voyez ? Et si le papier peint ou la déco évolue, on n'est jamais perdu.

Bon, okay, super ; mais le contenu, hein ? Le contenu ? Y'a de la joie, du bonheur, des chiens, des rêves, de la bite, de la viande, William S., des enfants, du gore ?
Un peu de tout ça, oui. Chaque nouvelle est un collage traçant les contours d'un petit conte moderne. Avec une intention et tout.
De la vraie littérature, les enfants. Ce soir, on se couchera tous aussi cons, mais avec plein d'images dans la tête. Et c'est ça qui est bien.
« Ils m'ont mis une nouvelle bouche » reprend globalement les thématiques d'Agrati, tout en apportant de nouvelles images, de nouvelles références, de nouveaux personnages.
Vous voyez Tetsuo ? Le film ?
Enlevez les boulons et ajoutez des couleurs. Voilà. Vous y êtes.
Ceci-dit, je dois [je crois que je ne suis pas le seul] m'avouer un peu déçu par le début. Le départ [disons les 3-4 premiers textes, sur un total de 19] du recueil est un peu mou. Manque de punch et/ou d'intention réelle.
Mais ? C'est une imposture ? Où a-t-on bien pu ranger le vrai Agrati ?
« La crasse lui collait comme du caramel, mais j'en ai enlevé pas mal. Un sale jus est parti dans les égouts. »
Okay : si on ne le savait pas et qu'on voulait pourrir le bouquin, ce serait déjà fait. Donc on a aimé.
Ouais.
Il faut attendre l'excellent « La pêche miraculeuse » pour se remettre à courir partout, faire des roulades et décapsuler d'autres bières.
Je vais pas vous en faire 50 tartines. Si vous devez piocher dans ce recueil, vous lirez :
« La pêche miraculeuse » [y'a Zol, merde !] ;
« Un morceau d'époque » [parce que personne d'autre qu'AGRATI ne l'aurait écrit] ;
« Le retour de Joséphine de Beauharnais » [parce que c'est du AGRATI pur jus : bourrin et drôle et presque engagé] ;
« Les limites du courage à l'âge de douze ans » [
LE meilleur texte ; l'un des tous meilleurs de l'auteur, si on compte les trois recueils] ;
« Peter Pan » [juste classe] ;
Et si on oublie le début très mitigé, on garde une certaine sympathie pour la globalité du bouquin. Genre « y'a des défauts, mais lisez-le quand même ». Ça fera plaisir à la critique-super-engagée-d'en-face-là [un truc avec du million de pages views].

Une fois le recueil terminé, on retire plusieurs constatations :
1 - en soit, ce n'est pas le « meilleur » Agrati, si on devait s'obliger à pondre une « moyenne ».
2 - de facto, on ne conseillera pas forcément [en dehors de quelques textes isolés, confère plus haut] à de nouveaux lecteurs.
3 - on s'en branle : ce recueil frise le fan-service. Et on craque. Si vous aimez Agrati, vous êtes obligé de le lire.
« Même la bite, bon Dieu, ça bande tellement ça pique. Alors je me gratte et ça part ! Ça y est ! La crème est là ! »
Ah ! Par contre ; un détail : j'ai eu plusieurs fois ce débat sur l'analogie entre AGRATI et des auteurs comme CALVO [voir ze CALVO imessèlfe]. Gna gna gna que ça vaut pas ci ; gna gna gna que ça vaut pas machin. So, avant de dégainer une pioche et d'aller péter des gueules [c'est pas moi, l'idée de la pioche] avec, je vais tenter de démarquer un peu le terrain :
La patte AGRATI, si on peut appeler ça comme ainsi, consiste à utiliser cette même écriture [confère CALVO, donc] nerveuse et naïve ; très énumérative, quasi paniquée ; qui se concentre plus sur une poignée de micro-détails qu'une scène complète ; mais à appliquer ce style dans des contextes adultes, exagérés. Parfois obscènes.
Aveu : je n'aime pas le gore.
Mais AGRATI demeure fascinant par la distance faussement enfantine [ça fera plaisir à Epikt] de son propos. Un mélange volontairement grossier de réel et d'imaginaire ; de poésie et de brutalité. Voilà. C'est ça, AGRATI. Je crois.
C'est un débat.
On pourra toujours se bourrer la gueule avant. Ou après. Ou les deux. Hein. C'est vous qui voyez.
« Ils m'ont mis une nouvelle bouche », donc.
Ça vous changera toujours des new-space-op'-sa-mère[s] [garantis sans bollocks].
Quand les corps sont tous froids, les membres mous, la plume lâche et le cerveau fondu ; alors, oui, maintenant, là, aujourd'hui, oui, toi, lecteur, oui, je te le dis : Jean-Marc AGRATI c'est le bien.
Alors, vous ne lirez peut-être pas celui-là. Peut-être un autre. Peut-être que vous testerez [testez le Chien si vous êtes du commun des mortels] [optez pour un Éléphant Fou Furieux si vous avez plein de sous dans vos poches et que vous ne savez pas quoi en faire]. Mais vous lirez AGRATI.
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