###
_ 17/12/2006
_ in Reviews
_ par Daylon

Orange

Orange - Benjamin

Titre : Orange
Auteur : Benjamin
Éditeur : Xiao Pan
Année : Décembre 2006

Auteur-phare ; ogive lancée de nulle part par le [alors] nouvel éditeur Xiao Pan, Benjamin avait réussi à marquer un petit milieu pseudo-proto-arty avec son Remember ; combinaison de deux nouvelles qui soufflèrent un étrange souffle de liberté sur tous les amateurs de création numérique.
C'était fort, osé et cette manière d'appréhender des techniques pourtant déjà connues avait pris tout le monde de vitesse.
Et alors ? Après l'effet de surprise, ça garde le même goût ?
« Pourquoi le monde s'assombrissait-t-il ? »


Pluie
Ce qui est étrange dans le travail de Benjamin, c'est de voir en l'auteur une espèce de négatif complet de l'artiste français contemporain. Pas de chauvinisme ni de critique mal placée : à l'heure où nous [inclusif] absorbons comme des éponges tout ce qui se fait en extrême orient, Benjamin pratique exactement le contraire. Sa démarche s'appuie sur un nombre impressionnant de techniques dites " occidentales " : dessin croisant speedpainting et CG, pseudonyme francisé et histoire grignotant carrément le sport national de nos Goncourts et autres prix d'autocongratulations littéraire ; à savoir : l'autofiction.

Et, dans l'ensemble, ça marche.
Benjamin se sert de l'autofiction comme biais pour digérer un vécu et le reconstruire à sa guise, dans une histoire où seules les métaphores émergent. En cela, on retrouve le même type d'approche qu'un Calvo. Mais avec des images. Plein d'images.

« Arrête de me peloter, t'as les mains gelées ! »



Clopes
Moins nombriliste, Benjamin présente Orange comme une question : une hypothèse sur une personne aimée ; symbole naïf et destructeur du personnage / de la moralité de l'auteur. Orange, jeune ado chinoise, en recherche d'identité sexuelle/sociale/comportementale/bla-bla-bla… Une ado, quoi. Un terrain casse-gueule où, si l'auteur laisse transpirer une légère condescendance, il arrive à dépeindre sans heurs les contours d'une jeunesse larguée dans un monde paumé.
La conclusion, l'auteur la sort comme une évidence ; la réponse : la Génération X de Coupland est foutue. Y'a plus rien à faire.
Nous nous construirons tous seuls.


« Chuan en a quand même profité pour mettre sa main dans ma culotte. »


Personnages
Donc, Orange, c'est très bon, mais ce qui était déjà le défaut de Remember ressort ici : une langue relativement pauvre [on mettra ce qu'on veut sur le dos de la traductrice, mais je doute que ce soit son fait] et une narration off parfois maladroite, qui pénalisent régulièrement la puissance dramatique des dessins.
Je n'accuserai pas le manque de talent : voterai plutôt pour une certaine négligence. Une confiance absolue dans le visuel qui maltraite le texte.
Foutus dessinateurs de merde.

Maintenant, les images parlent d'elles-mêmes. Les cadrages sont bien choisis, les personnages expressifs [charismatiques ; quasi archétypaux, d'ailleurs]. Les tonalités [avec mention spéciale pour le choix des contre-lumières sursaturées]. De ce coté, l'histoire pourrait presque se passer du texte.
Bref : ça vous retourne les rétines et vous les enfonce bien profond dans l'orbite.

On va pas vous le répéter 107 ans. Benjamin est un tueur. Remember tabasse. Orange est encore meilleur.
Graphiquement : c'est très très au-dessus de ce qui se fait en bande dessinée ; l'approche est originale, osée, décomplexée. Et si on collera un " peut mieux faire " sur la narration, on viendra pas emmerder l'auteur pour la qualité de ses images.
Lisez Orange. Voilà.

Orange - Benjamin
_ + Lien permanent

Commentaires :

2. Le dimanche 17 décembre (23:55) par Epikt

Je ne l'ai pas encore lu, c'est pourtant pas comme s'il ne me titillait pas.

On (un autre et moi) s'est fait la remarque ce midi en feuilletant la bête, dans ce livre plus que dans "Remember" Benji utilise énormément les couleurs primaires. C'est bleu, c'est rouge, et vlan. J'aime beaucoup.
Benjamain, d'un coté c'est hyper brut, bancal et pas fini, de l'autre c'est recherché et sophistiqué >>> combo, ça met un grand coup dans la gueule des apotres de la spontanéité comme de ceux de la perfection qui les premiers comme les seconds ne sont que des coincés du cul.

=^..^=

2. Le lundi 18 décembre (07:30) par Lasth

Ah ouai. Ca a l'air joli dis donc. J'irais surement me le prendre tiens.

2. Le mardi 19 décembre (23:58) par Icha

Lu aujourd'hui... tout à fait d'accord, je me suis pris une énorme claque dans la gueule.

Ajouter un commentaire :

Le code HTML est affiché comme du texte et les adresses web sont automatiquement transformées.

_
Contactez les humains derrière le Moonmotel