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La barrière protégeait vainement le béton nu d’une eau trop verte, le béton ne bougeait pas. Et lui, au-delà, gris froid tout juste dégrossi, protégeait les curieux immeubles d’habitations de pencher autre chose que leurs dernières fenêtres au-dessus du parapet ; protégeait du petit bassin d’eau verte plus accessible que l’atmosphère azotée.
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Peu avant la fermeture et perçue d’entre les stores, la piscine présentait dans son seize-neuvième un certain décor de cinéma.
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Les motifs se répètent: l’instabilité des verticales, les habitudes, les arrangements de couleur reproduits à l’inverse, la clarté en découpe à quelques mètres des ouvertures annexées par les touristes. Le crépuscule trébuche au ralenti sur la ciutadella.
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La belle figure triture son verre, le disque segmenté du citron, la menthe, accuse en plein midi l’amoralité de sa tâche. Le mojito est à mi-vie.
Doigts féminins autour du verre. Figure androgyne aux grandes ailes repliées. Une terrasse en plein Gracia.
« On me demande parfois d’emmener des personnes qui ne le méritent pas. Cette nuit encore, j’ai abattu des figures puissantes. Des démiurges. »
Personne ne remarque vraiment la créature, pas même nous. Elle nous demande :
« T’a-t-on déjà porté la responsabilité pour un acte terrible? »
On charge ces mains manucurées d’emporter les âmes. Par moment, les ailes sont en feu ou métalliques, impossible à déployer ici.
« Cette nuit, une ville lointaine et hors du temps, une cité de l’ancien bloc de l’est, a disparu par pans entiers. »
Elle dit :
« Des quartiers furent engloutis. Des brèches se sont ouvertes. Des tours et des jardins. »
Elle dit aussi :
« Je n’aime pas voir ce que je suis devenue. »
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La rue des prairies stoppait net devant la construction compacte en plein vingtième arrondissement.
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Une jeune enfant, vêtue de jaune, dansait sur la route des canonniers.
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Lorsqu’enfin nous lui laissâmes l’initiative, la ville se défendit du mieux possible. Levant barricades et travaux, barrières DDE, tranchées aux trottoirs et, au-delà encore, la brique tassée par la géologie fine, rouge écorché, barrière métallique et fenêtres étrécies. La ville protégeait les jardins, l’oxygène et tout végétal, nous préférant dehors et sans abri, offert à l’aride bouleversement climatique.
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Les journaux s’abritent à l’ombre, perchés aux présentoirs ou plutôt : terrés dans les alcôves commerciales, de vieilles boutiques tenues par des mains du même age dans un semblant de fraîcheur.
Il est près de midi et les rues accusent une désertion générale, achalandage nul.
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Tu as approché la vibrante enseigne d’Alipolis, ses linéales début-de-siècle, ses murs invincibles en avancée sur l’insousiance balnéaire. Tu as levé les yeux et tu l’as vu, typo rouge, ténèbres aux contours, la puissance aussi.
Je les ai vu, dis-tu, non loin d’ici, enjamber la distance du hall au taxi, tous ses clients déconnectés du monde : des personnages cliniques et stériles ; la rue sentait la poudre mais l’air te parraissait dégraissé. Humidité zéro malgré la mer. L’Alipolis domine la découpe cylindrée des prétentions balnéaire, l’eau et le fond atmosphérique hollywoodien ton sur ton. L’hotel ;contient ;son propre domaine, ses propres règles physiques. Tu bois beaucoup et t’essuies le front, minuscule au pied du monstre blanc. L’été rêve de plages vitrifiées à plusieurs millions de degrés.
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Tableau neutralisé, un extérieur jour en illustration urbaine de la luxuriance. Gambetta n’est pas très loin, mais nous l’avons oublié. Ce tableau : aérien car dépouillé de réelle perspective, d’ancrage ou d’échelle.
Nous sommes en 1920. Nous sommes en 2150.
Cette rue croise certainement au large des jardins suspendus, des zeppelins rêvés, elle est transatlantique ; libère le pollen en toute saison dans sa traine : des points clairs que saisissent aux bastingages des aéronefs les gants blancs de jeunes dames en toilettes.
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