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Le premier jour : décor brûmeux, rouleaux vaporisés bien avant le rivage, des brumes et de l'ocre devant les baigneurs hésitants.
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« Bon, okay, butineur, je l'ai aussi en visuel. Belle prise, tu peux y aller. »
[publicité, teasing] Dès demain, un nouveau parfum de la Corne d'Abondance ! Une nouvelle fragrance de la maison mythique. Une surprise à la hauteur de vos attentes, des sensations inédites ! Précommandez dès maintenant !
Retrouvez l'intégralité du projet Promenade dans les jardins d'Abondance en cliquant sur le tag associé.
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En l'absence de toute menace, ici, ce sont les palmiers qui grignotent peu à peu les villas.
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Il chercha longtemps. Il tourna autour, dessina le périmètre de la maison.
Il vérifia tout : les mesures, la projection des ombres. L'image lui semblait presque trop parfaite, un peu théâtrale, un décor idyllique de drama version aspartame.
Il fit encore les mesures et dû comprendre que le lieu existait.
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Nager, plonger, sortir la tête de l'eau ; une île ou quelque chose de la sorte ; Reprendre son souffle.
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« Voilà. C'est parce que nous sommes en contrat avec la Corne. C'est ce qui justifie l'avenant, vous comprenez ?
La clause de confidentialité est essentielle sur un tel projet. À livraison, Q3, nous commencerons la campagne marketing. Le jour même, oui.
Le gène est à prise rapide, le liquide est un time-warp. La moitié du matériel qui vous sera livré est encore à l'état de prototype.
Oui, signez ici.
Juste là. »
[cut]
« Et que restera-t-il, quand nous aurons disparu ?
C'est logique que nous disparaissions un jour. Je ne sais pas si on s'en rendra compte. Tout arrivera très vite et nous regarderons tout se diluer sans même comprendre. »
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Il montre du doigt et son autre main essuie l'eau et la sueur, casquette à la main.
Il montre la pierre centrale, différente, arrivée de nulle part et ornée de draperies liquides. Il montre aussi un décor brutal, des surfaces couvertes de cicatrices angulaires et de failles gorgées d'eau. Il montre une scène dont nous attendions une légende, un glaive mythique plus grand qu'un homme. Une lame plantée scellée dans la pierre pour les siècles à venir. Bien au-delà des vols de long-courriers, des réacteurs nucléaires, des données volatiles codées en binaire. La roche au centre ne semble pas prête de s'éroder.
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Ils firent une pause non loin de là, juste au-dessus. Les sacs serrés aux épaules ; les bouteilles d'eau à moitié vides, déjà ; les fragments de nature et de terre infiltrés sous les vêtements. Le cheveux collés au front. La cascade creusait sa propre vallée dans un boucan du diable. Ce dernier détail est hors-champ.
De l'eau vaporisé à l'impact brumisait nos visages.
La pénombre ramenait la température à des niveaux plus acceptables.
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Nocturne à plusieurs mètres de profondeur.
Ces visages changés, inconnus ici mais peu importe ; ces gestes plus approximatifs, nous les connaissons : ils s'agglutinent aux terrasses ouvertes par cette chaleur.
Nombreux, en bancs, sous chaque enseigne, baignés de monochrome orange.
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Une quantité de lumière impressionnante saisissait les scènes en ombres violentes, en couleurs idéales. Les jardins s'y découpaient, élevés au-dessus du sable.
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[Talk-show] Et quelqu'un sait pourquoi nous n'avons jamais terraformé les jardins ? Non, mais, je veux dire, soyons sérieux deux minutes : on ne peut même pas aller là-bas. On a un super zoo qui nous coûte les yeux de la tête et pas moyen d'y faire un tour ! [rires du public]
Bon. Bon. Bon.
Okay. C'est très très beau, les jardins. J'aime regarder le ciel, les jardins, toute cette verdure quand je me lève ; c'est génial, non ? Mais nous sommes les uns sur les autres, ici... Qu'est-ce qu'on attend ? Hé bien, on m'a dit que les jardins, c'était notre réserve... Mais on crève ici-bas ; et à part y envoyer des fonctionnaires en combi, on [interférences] /
« Si tu savais comme je t'envie, butineur. Le monde dans tes mains, mon pote ; des fioles à un million le litre, une fortune de technologies entre tes doigts. Tu dois prendre ton pied, là-haut.
Dans le monde antique, on t'aurais vénéré, mon pote, pas un salaire de merde. On aurait fait de toi un dieu. »
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À midi, la terrasse connaît un phénomène de géométrie convergente. Chaque degré que l'on gagne pèse plus lourd. L'univers se plie. Un champ de vision large, courbe et des lignes de fuite plongeantes. Quelques cumulus échappés des montagnes sur le point de s'écraser contre la frontière invisible du rivage. Des maisons aux terrasses surchauffées, pierres sèches.
Comme certains de nos lecteurs auront remarqué, notre hébergeur, OVH, a subi aujourd'hui un incident coupant purement et simplement le site.
Oui.
Il semblerait toutefois que tout soit revenu à la normale. Ou soit en cours de l'être. Pile pour l'heure de l'apéritif.
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Ils se réunirent sans un bruit, fixèrent le ciel, nous sommes dans leur dos mais devinons les questions ; la question.
Et maintenant ?
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Ce sont des temps crépusculaires qui se préparent. Pas seulement le jour qui fuit, mais le soleil lui même : il ne reparaîtra jamais. Un bourdonnement monte du sol, d'entre les pavés ; de l'asphalte et la pierre, le grondonnement d'une foule souterraine et monstrueuse. Les couleurs ? Rien. Seulement du rouge, du sang. La fin du monde pour bientôt.
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Voici à quoi ressemblent nos routes lorsqu'on se perd ; aux chemins escarpés, bucoliques mais aléatoires, dans un monde sans GPS.
Nous nous réduisons en purs touristes, incapables du moindre sens de l'orientation. Le soleil, les ombres : nous ne les interprétons pas.
Nous avançons sans savoir, sans vraiment chercher à savoir d'ailleurs ; à croire que nous désirions nous perdre. Chaque panneau semble vierge et, sans doute possible, indique la direction contraire.
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Projetée dans les gestes et l'eau : la sensation de calme, le repos. Le temps s'y s'embourbe et le ressac l'éponge. Au loin, des voiliers que le vent ne pousse plus, des planches immobiles. Sans même le vérifier, on imagine la faune marine tout aussi paisible. La tension est derrière nous ; le futur repoussé derrière l'horizon. Il est forcément sombre, mais on ne le voit pas.
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Ce site est une création permanente, alimentée par Daylon & Lasth.
Vous y trouverez illustrations, photographies, fictions et roughs en tout genre.
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