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Cuît par un soleil généreux, usé des saisons, ce banc ; connaître plusieurs générations de gens de passages, au soleil, des visiteurs cherchant le repos, goûter pour quelques minutes une sensation rassurante.
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« Ferme un oeil et soudain elles perdent tout relief. C'est un mur. »
Je lui montre et elle se tait, son mutisme compresse du sens en un point douloureux ; elle ne regarde pas. Elle esquive un instant, son regard se perd dans le ciel javelisé.
La toiture prend pourtant plus de place, toute la place : on ne voit plus qu'elle. Un miroir brisé et blanchi à son tour, comme le ciel, cassé d'angles émoussés et de roche dépollie. Un miroir où nos reflets ne sauraient apparaîtres.
« ... Et ces ombres bleues, les vois-tu ? Ces compositions d'angles morts enchâssés, ces zones de répis ; je les devine fraîches et pourtant ; pourtant : intouchables. »
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De cette tempête qu’ils provoquent, des explosions, des cratères produits du duel, il demande : de quel droit te réclames-tu humaine ? Il connait les slogans, il a étudié les cultures ; des jours de quarantaine pour un embryon software à s’imprégner de l’ennemi. De quel droit ?
Il enrage : l’alliance des nations autoproclamées natives, humaines, nations tout aussi hybrides leur jetant au visage le mépris hypocrite. “Monstres artificiels”, pouvaient-ils cracher. Les invectives. Les discours à réduire des frères d’évolution en simple dégénérescence, en misérable raté. De toutes les créatures, se dit-il en pressant l’aine de sa partenaire, je préfère demeurer l’unique hybride.
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La surface chaude de l'épiderme, les matériaux portés à très haute température, les turbulences thermiques de l'air, le spectre dilaté, la chaleur encore, la fonte, la dissolution, le noyau brûlant de la déflagration, les collines blanchies, dans le coeur, la fusion, les sons étouffés, la /
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C'est une pause, un moment suspendu ; très haut-dessus du niveau de la mer, des vallées bleues, des nuages échoués dans les cheveux. Les arbres couverts d'or et le temps aboli.
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Elle s’arque, tire sur le membre qui l’empale, cherche une seconde à le briser ; elle détend une jambe qui vient frapper son amant en pleine face, il trébuche. Elle retrouve le sol que pour mieux sauter, dominer l’homme à hauteur d’homme, lancer le poing sur le regard hébété. Il trébuche, elle bat en brèche. Des gouttelettes de substance sont projetées à chaque coup et croisent sa route, bouche ouverte, bouche avide ; les liquides inconnus qu’elle absorbe, nectars.
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Une scène figée dans la douceur, le calme des tableaux anciens. Une figure saisie de coté, un profil, de la concentration.
De la campagne au-dehors, nous percevons que le silence ; les derniers bruits piégés dans les champs de lin.
Ici, autour : murs pâles comblés de crépusculaire, le magenta exfiltré du bleu ; la radiance accueillante d'une ampoule laissée hors champ.
Le décor comme indestructible, le fauteuil protecteur. Les mains trahies par un flou de mouvement. Le crépitement d'un disque dur.
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Nous sommes encore à plusieurs semaines de la parution de l'anthologie réunie par Serge Lehman, Retour sur l'horizon.
Un double anniversaire à l'origine de ce projet : en premier lieu, celui d'Escales sur l'horizon, anthologie réputée culte parue fin 1998 ; mais aussi et surtout, celui du dixième anniversaire de la collection Lunes D'Encre, chez Denoël. Je ne vous dirai pas tout le bien que je pense de la collection, mon impartialité étant plus qu'émoussée à ce sujet.

(illustration : Manchu)
... Cette anthologie anniversaire (donc) paraîtra en octobre (tout comme Encre, d'ailleurs). Au sommaire : 15 auteurs, d'André Ruellan à Léo Henry, de Xavier Mauméjean à David Calvo.
Et puisque c'est la fête, Denoël vient de laisser filtrer sur le net un pdf contenant des extraits des 15 textes voire même, dans le cas de David Calvo, l'intégralité de sa nouvelle intitulée "je vous prends tous un par un".
Promotion, enfin, car étant moi aussi de la partie avec le texte "Penchés sur le berceau des géants" vous retrouverez les trois premières pages du récit.
Cliquez ici pour télécharger une preview de Retour sur l'Horizon [pdf]. Notez qu'il s'agit de textes d'épreuves et donc sujets à corrections.
Petit avant-goût ci-après :
« Ça pourrait ressembler à ça, la fin des temps. Ou le futur[...] Peu importe. Avec des vaisseaux spatiaux partout, des hologrammes en 3D et des combis en aluminium. »
Denez concède un sourire :
« Oh oui. J’ai toujours rêvé de ressembler à un club-sandwich dans son alu. »
Elle l’ignore :
« Y’aurait toujours cette plage. On pourrait nager en pleine science-fiction que ça ne changerait rien. Cette plage ne bougerait pas d’un pouce. Elle serait toujours ici. »
Avec ses voiliers et ses ballons de plage. Avec ses touristes et ses châteaux de sable.Denez lève la tête, se protège les yeux et cherche à capter, perdues dans le filtre d’azur, les ancres des géants qui se balancent en lignes simples[...] Il essaie d’imaginer le monde un siècle plus tard. Il creuse son imagination mais les images de voitures volantes et de stations spatiales ne parviennent pas à prendre corps. Il soupire.
« Nos parents ont flingué le futur. »
Petite update en forme de post-scriptum (24/09/09) : une belle coquille s'est glissée dès la première page. Comme vous vous en douterez à la lecture, le personnage de Calista parle bien d'un live de Sin et non d'un livre. Ah ah ah.
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Échos tardifs des Imaginales 2009, coté bar. Deux clichés.
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Le village épouse une courbe, prête ses rues au vent lorsqu'il pénètre ses frontières. Le village en vieilles batisses arc-boutées au dos des montagnes, quartiers minuscules creusés de biais, les murs ocres trahis d'exceptions colorées, l'ombre des pics.
Certainement enviée du vent, ce trop-plein de calme à ce qu'il nous semble, brutalement contredite lorsque une rafale dépasse les contreforts de la vallée, les lignes abrasives des montagnes.
Toute la poussière vole. Des couvercles plastiques décollent et filent comme les balles.
On se protège le temps d'un souffle, un souffle volé par le delta compact de pression, l'atmosphère distendue. On se protège sous les porches, dans les arrières-cours, derrière un mur, sous les vieilles réclames de bistrots disparus.
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Un instant retiré, poisseux, il la fixe et elle se trouble dans les gradients de température atmosphérique, dans les strates de sueur perlant sur ses yeux.
Il la fixe, se colle à nouveau contre elle. Son esprit est vide, elle cesse ses pensées de haine, le fongus retombe dans le silence.
Un battement de coeur, une expiration contenue où s’étirent des souvenirs : les plaines d’acier, les haut-plateaux composites érigés sur une lithosphère aride ; l’élégante surface veinée de bleu, les montagnes conscientes. Arbre-silices. Les architectures drapées dans la perfection mathématique, les sources phosphorescentes dans le crépuscule nucléaire, les fières cités encore dressées pour le champ du cygne.
Il revoit bientôt les chaînes de montage, esquisse de machine, son âme bootée sur les premiers rapports de conflit ; à se lover contre les épidermes tissés, la chaleur, douce, le bassin placentaire des couveuses. Si loin de ce geste : sa langue qui trace le contour d’un lobe, le creux d’une oreille, sa partenaire.
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Elle le saisit à pleine bouche, ses dents raclent et se retiennent de mordre, une main sous l’aine. La viande manufacturée en elle : il gémit quand il abandonne cette nouvelle nourriture, crue sous le palais, vivante, la chaleur concentrée à son extrémité ; il enfle encore. Elle pourrait le tuer tout de suite, le porter à ébullition pour une jouissance hémorragique.
Elle refoule cette perspective séduisante, son propre corps désire malgré elle. Dans tous les fluides : les clés de sa rémission. Elle garde les yeux ouverts malgré l’horizon limité du bas ventre. Les mains du mecha s’agrippent à sa tête, pressent les tempes ou la nuque, la blessent.
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Nous sommes dans un moment pétrifié : nul train à traverser la gare, tous les bus à l'arrêt.
Les derniers voyageurs débarqués errent encore un moment dans le hall et ils sont comme perdus, encore sonnés par le voyage, les pas résonnent dans le bâtiment couleur seventies par manque d'affluence.
Des buissons desséchés, des angles morts de la chaussée, le macadam, monte la chanson craquante des insectes. Opera drone en limite de provinces, les territoires éloignés au pied des montagnes. Staccato autour des corps prenant la fuite vers les paysages désurbanisés.
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Dans un semblant de calme, aux heures avancées d'un samedi estival : ce pêcheur en contrejour, la ligne à sonder les poches d'eau et la bouche d'êtres marins minuscules.
L'air sourde des mélodies new-wave émises depuis les toiles blanches des plages privées.
Et dans leur dos : nous les voyons, ces choses au bord du cadre ; filons de soleil sculptés à la surface souple des eaux, les ombres légères maintenant gommées et la lumière semi-précieuse.
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Quant à nous, observateurs, derniers hommes, nous : peu importe si nous foulons le passé ou le futur.
Les villes s’étirent encore sur les côtes irradiées, s’entourent de mer aux eaux blanches, autrefois bleues et aujourd’hui troubles des cendres et du plâtre. Les rivages souillés des peaux composites. Plus loin sur les lignes balnéaires : les tours creuses, les tours décapitées, éventrées par les bombes. Ces villes, nous pouvons les reconnaître, en lire le filigrane des plans d’urbanisme.
Nous reconnaissons les grands axes routiers malgré ces déguisements brouillons, ces maquillages de fissures et de cicatrices ; les matériaux fondus par les étoiles tombées du ciel, épanouies au nez du dernier étage des missiles à longue portée. Les jardins d’enfants déserts, les jeux tordus par le souffle et la chaleur. Des milliers d’étoiles.
Observateurs impatients, oui, nous arrivons pourtant trop tard : nous ne suivrons que le dernier acte, l’épilogue des récits épiques, l’épilogue comme épitaphe des nations déchirées. Nous aurions tant voulu savoir sans même prendre le temps de contempler le tableau, tout savoir sans le moindre effort. Nous ouvrons grand la bouche, comme cet homme, comme cette femme. Nous attendons immobiles que la semence jaillisse malgré notre fainéantise.
N’avons-nous pas honte ?
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Des promesses de bonheur, le gris recule, les couleurs avides de dévorer le rivage triste.
Les vacanciers cherchent les territoires de cyan, la DMZ du large, le bleu.
Iode et parfums de synthèse dans l'air ; sueurs.
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Elle espère couper toute communication, se débrancher de l’organique. Le fongus. Contrainte, elle l’est, soumise à l’alliance délétère du réseau organique.
Grande ouverte, offerte comme en plein jour, à livre ouvert. Vivre en esclave.
Elle se sent mourir d’intimité aussi efficacement que par la maladie. L’infection mecha qui la ronge.
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Avec les heures, le sable perd de sa perfection : labouré, couvert d'empreintes, les pieds et les mains, les jeux d'enfants. Le sable défiguré chaque jour.
L'eau à son contact, la mer qui ne semble connaître aucune marée.
Une fois dépassés les parasols et les constructions fragiles, derrière les plages privées : Le reste de la côte ; les terres plus à l'ouest osant pointer leurs silhouettes tremblantes, lignes bleues tirant sur le blanc dans l'étuve, l'état avancé d'incinération du jour ; l'ouest qu'on n'oserait toucher si c'était seulement possible.
D'autres formes, humaines cette fois : immobiles, les peaux brillantes d'huiles et d'eau, écrasées au sol par les derniers jours de juillet. Les coureurs pétrifiés dans leur course.
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Les échanges demeurés flous, dilués et déformés par le fongus ; le langage corrompu à peine suffisant pour suggérer les pensées lubriques de la créature. Maintenant, de si près, le temps de réponse du réseau organique n’est plus que de quelques secondes. Les gestes trouvent un écho mental plus net. Il plaque ses paumes contre les seins de la femme, appuie plus qu’il ne caresse tandis qu’elle cherche à sectionner ses mains d’une seule morsure.
Je t’ai attendu sur les champs de bataille, pense-t-il. Il ajoute : je veux survivre bien plus que toi. L’ironie le pèse, il en goûte la saveur, saveur sucrée ; devoir se vautrer avec l’ennemi, contraint de glaner les clés immunitaires distribuées entre les fluides de la femme. Il serre les dents et pense : ce sera ma seconde naissance. En réponse, le réseau fongus lui renvoie étirés et retardataires les flèches blessantes de la haine, les insultes visibles dans le bouillon de l’infosphère.
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