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La Neph aperçoit alors la muse.
Courant, chaque foulée la portant un peu plus près du bord du monde en caresse imperceptible. Son reflet dans le fleuve et son delta, l'eau basse, juste posée sur le limon toxique. Le visage de la muse est encore humide.
La Neph voit la muse arriver mais les nuages couvrent lentement les limites du monde. Efface les falaises.
La Neph ne chante pas, son cri est un cri de douleur, un appel au-secours. Sa silhouette plie dans les épais nuages.
Elle semble s'éloigner dans le lointain, où le blanc laiteux et les moutonneux se maculent d'une flaque sanguine. Le monstre.
La muse court. Ses poumons se vident plus qu'ils ne se remplissent. Asphyxie. La muse court et file sur le vent, le long du fleuve de pitié, sur la terre défigurée.
Le plateau.
Le plateau est labouré des carcasses de tanks, creusé des impacts de mortier. Tous ont reculé jusqu'au rebord même du monde pour retrouver un salut illusoire une fois face au néant. Le néant et ses brumes. L'herbe est jaunie. Une vague odeur de souffre ; semble désireuse de s'installer pour de bon en ces lieux. L'atmosphère enfin redevenue claire mais le sol se couvre de plaies fraîches et de ruines.
La muse cherche à rejoindre le soldat, le soldat perdu.
Le soldat, les joues creuses, le front barré de rides précoces ; de fatigue ; la plume serrée entre ses doigts noircis par la fumée, ses ongles où se dissimulent la crasse des combats urbains. La plume est encore luisante d'encre, encore ébouriffée par un quelconque souffle de mine anti-personnel. Le soldat avance, hagard, sans but, vers le rebord du monde.
Le gouffre s'est avancé de quelques mètres. Ici, la pierre est plus fraîche, ses angles durs. La plaque tectonique gronde.
Quelques morceaux de roches se détachent avec lenteur et glissent dans le lointain. Disparaissent.
La muse court, rejoint le soldat à l'extrême limite du delta, au bord de la falaise ; ses mains passent et touchent sa peau, son ventre et son cou ; ses yeux brillent et cherche sur le soldat les dernières traces de raison. Elle le touche et l'enserre. Elle le touche et lui murmure dans le creux de l'oreille.
La muse se rapproche encore, elle est si grande, son menton touche les cheveux du soldat ; l'humidité se mêle de poussière de béton. Elle murmure encore. Murmure encore puis lâche, scrutant le lointain :
« La Neph attend. La Neph attend. »
La Neph attend et appelle, appelle à l'aide, jusque dans les palpitations plus discrètes de son coeur céleste.
Enluminure :
"I : le soldat"
"II : l'empereur"
"III : le monstre"
"IV : la Liberté"
"V : la muse"
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J'étais à une conférence ce soir au TNS (théâtre national de Strasbourg). Bon c'était un peu rasoir, mais j'en ai profité pour faire quelques croquis vite fait des intervenants, au moins ca passait le temps :) Bon c'est super rough, mais ça faisait longtemps que je n'avais pas essayé de dessiner des gens qui bougent :p

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La muse prend les mains de la Liberté.
La Liberté, sa cousine, instrument illégitime de son beau-père la Raison. Créature battue, prise en pitié par le monstre lui-même. La muse prend les mains de la Liberté et lui murmure doucement :
« Ô, Liberté, je suis impuissante. »
Ses doigts serrent les paumes froides, les paumes meurtries.
« Ô, Liberté, je suis si désolée. Nul ne m'écoute en ces temps de fureur et tous se consument. Ils ne sont plus. Plus que des animaux sourds, mangés par la peur. »
La muse masse les poignets de la Liberté, effleure les tendons et pleure ; pleure tant que les larmes glissent de ses joues et se rejoignent à ses pieds, gonflent et s'étendent.
Pures, éloignent brutalement les dépôts de mercure, les copeaux de plastique fondus. Leur lit gonfle, repousse les carlingues des bombardiers naufragés et les dernières tours s'effondrent, leurs fondations dissoutes.
Les brumes s'écartent enfin, les cendres retombent. Le masque tragique ôté, le nouveau visage de la terre ; tuméfié, ses os scrutant le fleuve des larmes ; le fleuve, son cours, un delta, glissant sous un ciel nouveau, vers le soldat au visage couvert de poussières.
La muse ferme les yeux, les rouvre, essuie les dernières larmes et accommode sa vue sur la silhouette lointaine du soldat. Son reflet à l'embouchure du fleuve de pitié.
La Liberté sourit enfin, timide, lisse ces draps blancs qui la ceignent. Ses paumes se réchauffent. Ses lèvres s'entrouvrent :
« Va et souffle, ô muse, ma cousine, car je suis son désir, son souhait et la source de ses plaies les plus profondes. Va et souffle ; je renaîtrais, enfin sauve. »
Du lointain, remontant du néant et des falaises, résonne la plainte de la Neph.
Le néant où encore pulse la signature sanglante du monstre.
Enluminure :
"I : le soldat"
"II : l'empereur"
"III : le monstre"
"IV : la Liberté"
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Le couteau courait à la surface de sa peau, le dos des mains, sur la surface à peine agitée du tracé des veines ; passait et de la pointe, abandonnait une étroite écume tiède.
L'averse écrasait ses rouleaux sur la ville. Hors-champ : des convois de fret transperçaient à pleine vitesse le temps exécrable. Les rails claquaient au passage des roues. Les piles du pont tremblaient.
Sous l'arche : un refuge.
La pointe de sa langue sur ces lèvres d'écorce, craquelées et anguleuses.
Quelqu'un cracha par terre.
Le couteau se leva, quitta la crète des vagues osseuses. Suspendu.
Un autre train en profita pour passer, faire trembler le pont. Une bruine de béton. Cliché.
L'averse s'intensifia ; devint orage.
Un échange de regard fiévreux et la main ensanglantée chercha l'assurance du corps voisin ; le corps soudain terrifié : celui qui se lève et titube. Quelques pas en arrière.
La pluie crépitait.
« HEY ! DON'T GO. STAY HERE ! »
La main blessée chercha la lame naufragée dans la poussière et les détritus.
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Le ciel explosait des feux de minuit.
La signature d'aéronefs stratosphériques. Des paillettes colorées sur l'encre. Plus bas : des filaments de brume révélés par l'aube perpétuelle de la ville. Une aube rousse, artificielle.
Les véhicules décoraient les abords, la lumière des phares dilatés par les vitrines. L'eau luisait sur les trottoirs.
Elle tournait en rond, sous l'abribus ; sans bruit, immense, guerrière sportwear, un grand sac de voyage à l'épaule.
Elle relèva sa casquette et me vis : un sourire, un geste amical de la main ; un reproche :
« T'es en retard.
— Les transports. On entasse de la viande dans les wagons. J'ai fini par venir à pieds.
— J'ai cru que tu ne viendrais pas. »
Ses lèvres tiraient sur une cigarette déjà bien avancée.
« Désolé. »
Un bus passa devant nous, ne s'arrêta même pas ; nous arrosa en passant.
« Saloperie.
— J'ai cru devoir commencer sans toi. »
Je savais qu'elle ne mentait pas.
Ses yeux brillaient. L'excitation. La caféine. La cocaïne. Ce n'était pas mes oignons.
Elle se détourna, posa son sac sur un banc, l'ouvrit et commença à monter le matériel.
La rue était bondée. Les gens passaient, entouraient l'abribus, longeaient les dessins de lignes jaunes et rouges ; les noms de stations imprimés directement sur le plexiglas.
Elle, imperturbable, clipait chaque pièce avec l'autre. Un puzzle qu'elle aurait appris par coeur.
Un vent venu de nulle part plaquait le jogging contre ses tibias. Des bandes verticales, plus claires, longeaient fidellement le tracé de ses jambes.
Je me balançais d'un pied sur l'autre, dans l'attente :
« J'ai mis un temps fou à convaincre le rédac-chef.
— Why ?
— Il faut que le sujet intéresse du monde. »
Dans un univers d'immédiateté. Du tout neutralisé. D'esprits embourbés par la sursaturation d'annonces, d'événements fabriqués et de réalité conditionnée en brique d'un litre cinquante.
Elle :
« Ils ne veulent plus de happenings ?
— Disons que ça manque d'émotions fortes.
— J'encule le monde moderne. »
Elle ne riait pas.
Satisfaite, elle souleva l'instrument et referma son sac d'une main. Je préparais mon propre matériel de guerre : réflex ; le mode rafale ; mise au point au post-process. Au temps pour le mode manuel. Je voulais choper du vif. Du vivant.
Nous étions prêts. Nous étions tous les deux en sécurité sur notre ilôt de plastique et la rue s'emplissait de monde.
Elle était belle. Elle était fière :
« J'espère que tu as ta carte de presse. »
Elle écrasa son mégot en plein centre du plan urbain avant d'ouvrir le feu sur la foule.
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Les abords. Sur un air de Mitchell Akiyama ; où l'humain s'efface et laisse respirer l'exosquelette de la civilisation.
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Assemblage de souvenirs visuels. Gens. Poses. Tracés rémanents sur le décor de la cité des congrès.
[...]
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La chaleur : concentrée ; l'air comme de l'opium, maitient un tampon étouffant contre les peaux. Ici, un refuge, un échapatoire à la nuit. Se protéger des lèvres déjà glacées de l'automne. Les bouches sèches et les gorges brûlantes à force de trop crier.
Une main se lève :entraine les regards vers les hauteurs, les sédiments de mots encapsulés dans leur sarcophage de papier. Des noms inconnus, des savoirs fictifs. Des univers de poche, piégés dans leur propre momentum.
On quitte les couvertures du regard, l'oeil humide, cherche au fond du verre d'une solution à un problème insoluble. De la drogue ; altérer notre jugement. On parle, encore. Remplir les vides.
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Bonjour à tous,
Après une semaine chaotique, nous voici de retour. Et, si vous lisez ce billet, cela signifie que vous nous avez suivi dans notre déménagement.
Notre hotel bénéficie désormais de locaux plus spacieux, plus aérés, redécorés et prêts à vous fournir le service arty auquel nous vous avions habitué.
Merci à tous pour votre fidélité.
Vos gentils grooms,
Daylon, Lasth, Mime & Icha.
PS: notez que dans la démolition des anciens locaux, de nombreux commentaires ont été perdus, sur les billets les plus anciens. Cela occasionnera quelques étrangetés visuelles. Veuillez nous en excuser.
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Ce site est une création permanente, alimentée par Daylon & Lasth.
Vous y trouverez illustrations, photographies, fictions et roughs en tout genre.
This website is an on-going collective arty project, fed by two lazy curators.
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We mostly speak french, but also some other strange-looking languages too.

