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Nous sommes entourés par la ville. Nous, évoluant dans les failles, entre les façades qui s'élèvent : droites, inébranlables ; angulaires, en froide géométrie. Des façades parcourues de fractures toutes aussi nettes se coupant à angles droits. Parfois, dans ces baies ainsi dégagées, s'inondent des derniers rayons du soleil. Sur ces vitres, les couleurs se délaient en pastels. On y voit de l'eau, de la douceur.
Plume me dit :
« Ces immeubles me font un peu peur. »
Sa main appuie sur ma nuque.
J'essaie de la rassurer :
« Ce ne sont que des barrières. »
La façade pourrait nous écraser, mais ce n'est qu'une image.
Je regarde Plume et lui glisse :
« Ces barrières ne peuvent nous stopper. Ce n'est qu'une illusion. Il y a autre chose.
— Je ne vois rien. »
Nos mots ne sont que murmures et le minéral occupe tout l'espace.
« Tu ne regardes que la surface. Tu ne regardes pas tout. »
Je lui montre les carrés de soleil :
« Là. »
Plume se tourne, lève la tête pour détailler le mur et ses éclats vespéraux.
Plume se concentre. Je touche son ventre, sa chaleur.
Elle :
« Mais à l'intérieur ?
— À l'intérieur ? Il n'y a pas de vie. Ce n'est que de la pierre. Du minerai. Si on apercevait des gens, ce ne serait que des statues d'argile. Des leurres. »
Plume. Ses yeux s'illuminent. Elle se retourne vers moi. Plume, ses lèvres sont fraîches, brillantes ; plissent un instant leurs coins, créent de petites ombres sous la peau pour annoncer un sourire.
« Je les vois. Je les vois enfin. Les branches. L'arbre. Je le vois. »
Dans le verre, poussent les promesses d'une oasis. Les fenêtres s'ouvrent sur des territoires de repos.
Plume est heureuse. Sa peau prend l'odeur des baies sauvages. Tout est lumineux.
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L'empereur convoque le soldat, un autre matin pâle.
Penché par la vitre d'une berline de luxe ; un véhicule blindé ; chassé de son trône, de ses marbres et des villas du bord de mer : l'empereur, en fuite, penché dans l'interstice de l'habitacle, cherche la lueur de traîtrise dans les yeux du soldat. L'empereur se dissimule dans la pénombre, repousse du pied sa phobie des snipers ; les silhouettes furtives sur les cimes des gratte-ciels, sautant d'un toit à l'autre puis vivant, arbitraires, les civils apeurés dans les grands boulevards ; peignant à distance des lignes abstraites sur l'asphalte, décrivant des trajectoires au pigment sanguin. Ils cherchent l'empereur, les signes de pouvoir épinglés sur sa poitrine.
Ils ouvrent la voie du monstre.
Derrière les piliers de verre-miroir, derrière la vitre teinté de la berline : la panurbanie en feu. Une aube perpétuelle d'où le sol ne finit plus de crier.
Au sol : les cadavres des chérubins percutés par des avions de ligne en fuite.
L'empereur se rétracte au fond du cuir de la banquette et dresse un doigt vers le soldat resté à couvert :
« Soldat : as-tu rapporté le feu de la Neph ? »
Le soldat ne regarde pas l'empereur. Il regarde les terrasses, les balcons, les toits ; il cherche à apercevoir des snipers invisibles.
« Soldat : la Neph va-t-elle empêcher la chute de la civilisation ?
Soldat : va-t-elle laisser son œuvre sombrer ?
Soldat : protégera-t-elle la liberté de ce pays ? »
Le soldat, couvert de poussière et de sang ; épuisé. Son teint est pâle :
« Mon empereur, la Neph m'a confié que le monde survivrait sans nous. Elle m'a sourit, elle était triste. Elle m'a sourit et ne m'a donné qu'une plume pour écrire la fin de notre histoire. »
Enluminure :
"I : le soldat"
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Le soldat vient à la rencontre de la Neph.
Au bord du monde.
Traverser le continent, ses espaces hétérogènes, suivre la piste déclinante de la lithosphère dans les limbes. Ce rebord, ces falaises patiemment émiettées par les nuages de vapeur, les particules semi-réelles, les vents du néant et cet azur délétère. Le rebord : le tapis de mousse sous les pieds du soldat, les bouquets d'herbe grillée par le sel, la terre lentement desséchée ; la roche à cet endroit friable, bientôt mise à nue ; des morceaux se détachent de la plaque continentale, flottent vers les nuages et s'y dissolvent.
Au bord du monde, s'avance le soldat.
Il s'essuie le front, secoue son treillis maculé de poussière, dépose son paquetage et le M-16. Il s'avance encore un peu, la pierre geint ; encore une foulée et s'ouvrira sous ses pieds le vide gonflé de brumes.
Le soldat porte sa main en visière, scrute le moutonnement ; on distingue mal l'horizon ; il crie, il invoque la Neph, l'ange des limbes. La déité. L'océan de coton remue, glisse doucement sous le zéphyr.
Il appelle. Le soldat crie son nom :
« Neph ! »
Les brumes s'avancent, se rétractent, dansent ; du blanc et de l'ivoire baigné de soleil, or liquide. Les limbes prennent vie.
« Neph ! »
Un murmure, un soupir, une longue exhalation repoussant d'un coup les nuages sub-terrestres. Elle émerge, gigantesque, blanche. Ses lèvres sont de craie.
Le soldat n'ose s'avancer plus : le bout de ses rangers mordent le gouffre.
La déesse des limbes lève son visage glabre, crevassé aux tempes, au-dessus des brumes ; elle se dresse, occulte un instant le soleil et son ombre couvre la falaise toute entière. La Neph dévie et l'étoile en profite pour se nicher sur son épaule, sur sa clavicule. Les lèvres de la Neph s'entrouvrent et ce visage sans regard se pare d'un sourire :
« Parle. »
Le soldat avale sa salive, contemple le corps nu de la Neph puis ce nez atrophié, à peine esquissé, puis les lèvres douces, parfaitement dessinées :
« Neph, le monstre est à nos portes ! »
Neph sourit. Elle comprend. Elle est tout. Elle est puissance.
« Neph, ma contrée s'effondre et le monstre nous dévore. »
Les nuages s'écrasent au ralenti contre les hanches de la Neph.
« Neph, j'ai besoin de ton aide.
Je n'y arriverai seul.
Forge ma lame ! »
Le soldat ajoute :
« Apporte-moi la lumière ! »
Le soldat termine :
« Guide-moi ! »
La Neph ri, l'écho de sa voix arrive de partout ; elle bascule la tête en arrière, offre sa gorge au ciel, se tourne à nouveau vers le soldat :
« Soldat, je ne guiderai pas ta main.
Soldat, je t'aime, mais je ne pourrai être à tes cotés car la muse occupe cet espace et ton cœur. »
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La mâchoire se brise en premier, parmi tous les os et les cartilages tendres. La viande plie, se déchire à l'orée des fractures ouvertes. Les dents se déchaussent, sautent, percent le muscle de la langue. Des larmes épaisses aux coins des yeux.
Zénith : une lave céleste refroidit, coagule, forme les grumeaux solides d'un plafond de métal.
Je retire mon pied du visage ; le félon. La semelle des battleboots emporte par succion la lymphe et le sang.
Le corps ne bouge plus et se répand, imprimé dans la roche. Dans les éboulis, la viande broyée entoure et colle le béton. Se lie aux débris d'immeubles les plus imposants, mouille les éclats de plâtre et la poussière d'isolant.
Je me redresse, l'arme à la main, fanatique au front. La dernière capture, la dernière percée. Dans les ruines, fouler les corps. Les écraser sous les chenille des tanks.
Les ruines, la fumée, le silence. L'armée se repose, le dos tourné au couchant, le regard dans l'obscurité. Passé les limites brisées de la ville rase : le charbon des champs, les plantes carnivores affamées.
La rose.
Sur les derniers murs, la nuit venue, nous chantons son nom.
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Packaging pour l'auteur de littérature noire (à tendance science-fictiono-fantasmagorique) Thierry Di Rollo,
qui sort sous peu un petit recueil aux Les Trois Souhaits.
Première et quatrième de couverture, page de garde et tranche.
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Les volumes de la Bibliothèque Rouge allant par deux, chaque année; et après James Bond, voici la première de couverture de l'essai consacré à Maigret.
17*21cm, CMYK + vernis sélectif.
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Affamées sous le crépuscule /
Et toute la journée fut grise :
Décor de perle pour un ciel de plomb /
La rose,
Épanouie, tendue ; à l'écoute d'une proie offerte ;
Inconsciente /
Fleur encore timide, attentive /
Sa bouche :
Multitudes fines, coupantes ; des tôles ; agencées /
Abrasives /
La proie ne se rend pas compte
Et les pétales s'ouvrent,
/ S'ouvrent enfin /
Métalliques,
Brûlantes et bienheureuses de croquer,
Lacérer et découper les chairs ; dévorer et se repaître
/ Et les plaies déversent en retour le sang,
La tiédeur en cataractes /
Plaies ouvertes au soleil déclinant ; à l'air brûlant /
Au vent /
La brise chargée de cendres fuyant les contrées en guerre ;
Libérant la poussière et l'écho des cris ; l'odeur des chairs calcinées /
Des crevasses animales : le sang /
La sève qu'aspire lentement la rose /
Je /
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Série en 4 clichés. Des morceaux de soleil. Des morceaux de vacuité. Des morceaux d'azur. De petits humains, tout autour.
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Ce site est une création permanente, alimentée par Daylon & Lasth.
Vous y trouverez illustrations, photographies, fictions et roughs en tout genre.
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