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Elle se redresse à demi et m’approche :
« Oh. »
Allongés sur une herbe sèche destinée à nous accueillir.
Plume me regarde :
« Tu as quelque chose dans les yeux. »
Du bleu. Certainement. La planète entière a été repeinte de bleu, des millions de mètres cubes de peinture lumineuse, translucide si on ne passe qu’une seule couche. Je lui dis : on doit t’y trouver, toi. L’image inversée dans les globes brillants.
Ses cheveux, fils étranges, brillent, eux aussi ; flottent ; se sentent irrésistiblement attirés vers le ciel. De l’art nouveau chargé de souffre. Entre les interstices se dissimule le ciel. L’azur. Il explose tout autour.
Pour nous encercler : les arbres fleurissent. De minuscules feuilles de cuivre, encore. De toutes petites fleurs blanches que nous oserions jamais toucher.
Plume rie toute seule, tourne la tête, s’entretient avec les insectes minuscules.
Je baisse les yeux sur le large :
Les tourelles des destroyers tournent, nous designent un instant, défient le printemps qui se traîne vers le prochain solstice. L’eau remue, devient blanche puis s’aplanit. Les monstres attirent dans leur sillage des nuées de créatures métalliques. Des symboles les appellent ; des lettres blanches, gigantesques, peintes sur leur coque. Une langue étrangère, pour nous illisible.
Les rivages rient à gorge déployée, tellement qu’on aperçoit les dents gâtées, les roches plus noires.
L’armada ignore les quolibets.
« Léviathan surveille la côte. »
La créature se perd dans la brume du lointain, tapie derrière les machines de guerre. Elle protège les frontières de l’océan.
Plus près : on charge des missiles mer-sol balistiques. Les canons se dressent, tournent encore ; une parade. Séduisent les machines volantes, accrochées par grappes entières sur le zénith.
Plume les montre du doigt ; elle s’agite :
« Ils sont si timides. Regarde, comme ils sont hauts ! »
Je dois lui dire : oui, bien sûr. Je dois lui dire : je les vois, ce sont de tous petits points. Je dois lui dire quelque chose que je ne pense pas. L’azur est partout ; il dévore les mobiles ailés.
Une migration.
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La rue résonne d’éclats de voix et de vies fragmentées.
Ces signatures tombent des étages aux fenêtres ouvertes, ricochent contre les murs aveugles ; galets plats, glissent sur les passants avant de couler dans le brouhaha ; le grondement des moteurs et les mouvements pendulaires.
Derrière les façades, insérées dans les cloisons composites : les fibres tissées, invisibles à l’œil nu ; la sève nourricière, les réseaux, tous chargés de messages et de résonances.
Le soleil enveloppe déjà l’exosquelette de ces petites communautés. On s’affaire, on court, on s’échappe des îlots de sécurités. On oublie le temps, geôlier. On court, on fonce dans la rue ; rejoindre une circulation : des rivières frayant leur chemin indolent entre les bouquets de tours, épousant les grilles des condominiums, charriant pour quelques heures des mégatonnes de matériaux animés vers les limites de la ville.
Post-scriptum : série photographique pour Fiction, tome 6 (novembre 2007).
Voir : "You posthuman !"
Voir : "Connectique"
Voir : "La déconquête spatiale"
Voir : "23 juin"
Voir : "Cheap mods"
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... Par télécospage involontaire, glorifions les vraies valeurs de la France qui se lève tôt. Ces corps modelés, tendus par l'effort. La saine sueur et l'esprit, enfin, vide.
L'image de nos actes : des jouets aux mains des fous.
Respirons : nous sommes toujours humains.
Suite et fin de la série "trail".
Voir aussi : "Trail, partie 1".
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... À une époque pas si lointaine...
Série B&W en deux parties ; dans le désordre.
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